L'atelier du 133 boulevard Pasteur : repriser plutôt que remplacer

Xikixidapartnersnet a ouvert au 133 boulevard Pasteur en 2014, avec une machine à coudre achetée d'occasion et une conviction simple : à Mulhouse, on jette trop de vêtements encore portables.

Une table de repassage au-dessus d'un ancien pressing

Le local du 133 boulevard Pasteur avait servi de pressing pendant onze ans avant de fermer, et quand Camille Girard l'a visité un mardi d'octobre 2014, il restait encore l'odeur de perchloroéthylène dans le réduit du fond, trois prises murales mal placées et une table de repassage industrielle que personne n'avait jugé utile d'emporter.

Elle a demandé le loyer, comparé avec deux autres adresses de la rue de Soultz et de la porte de Bâle. Elle a signé la semaine suivante.

La première machine venait d'un atelier qui fermait lui aussi. Olivier Moreau a passé trois jours à la remettre en état. Rien d'autre n'a été acheté neuf cette année-là.

L'idée tenait en une phrase. Pas de marque à lancer, pas de conseil à vendre, juste un endroit où changer un zip sans qu'on vous propose aussitôt une veste neuve, et où l'on reconnaît les visages qui reviennent.

Quatre personnes, pas une de plus. Cela n'a pas bougé depuis.

Le premier hiver, 47 fermetures de zips

Entre novembre 2014 et février 2015, l'atelier a posé ou remplacé 47 fermetures à glissière, réparé 31 doublures et raccourci une cinquantaine de pantalons ; les chiffres sont notés dans un cahier posé au fond de l'atelier, sous la table de coupe, avec la date, le prénom du client et parfois une remarque sur la couleur du fil utilisé ce jour-là.

Un client de la rue de Soultz est arrivé un samedi matin de janvier avec un blouson de moto dont la fermeture avait cédé après dix ans de trajets quotidiens entre Mulhouse et Saint-Louis. Jean Garcia a passé quatre heures dessus. Le blouson roule toujours.

Puis les écoles sont venues, discrètement, par bouche-à-oreille : un blazer à recoudre avant la rentrée, un costume de théâtre, un pantalon de cantine trop long.

Personne ne l'avait anticipé.

Ce n'est pas un débouché qu'on avait prévu, et ce n'est pas non plus un service éducatif : l'atelier prend des pièces de tissu, les ajuste, les rend, et n'intervient à aucun moment dans le fonctionnement d'un établissement, dans une inscription, dans une cantine, dans un examen ou dans un emploi du temps.

Ce que l'atelier refuse, et pourquoi

Trois demandes reviennent et sont refusées chaque fois. La maroquinerie fine et les sacs trop abîmés d'abord : quand la structure du cuir est cassée, une réparation tient trois semaines, et l'atelier n'y met pas son nom.

Les vêtements sans propriétaire identifiable ensuite, pièce unique, étiquette absente, valeur estimée à l'oral — l'atelier prend note, ne chiffre pas, et rend l'article avec une photo du point fragile. Ce n'est pas une politique écrite. Personne ne l'a formalisée. Cela n'a jamais posé de problème sérieux, et c'est probablement pour cette raison que la règle est restée orale pendant toutes ces années.

Le refus le plus fréquent concerne les textiles techniques de sport montés en usine par collage thermique. Camille Girard l'explique en deux phrases, cliente après cliente, depuis 2017, et la réponse ne change pas.

Xikixidapartnersnet ne propose ni conseil juridique, ni accompagnement médical, ni service pédagogique. Aucun membre de l'atelier n'est habilité à émettre un avis de ce type ; les questions sont redirigées, sans développement.

Gennevilliers, Bollwiller, Kingersheim : la vraie géographie du travail

Le samedi matin, la première heure est souvent consacrée à des pièces apportées de loin. Certains clients arrivent par la ligne de tramway 1 depuis Rattachement, d'autres en voiture depuis Kingersheim ou Illzach, et une cliente de Bollwiller vient une fois par trimestre avec trois ou quatre pièces à la fois, ce qui occupe Jean Garcia jusqu'à midi.

Les services de l'université de Haute-Alsace, à quelques arrêts, représentent une part stable des commandes depuis 2016. Surtout des retouches de vêtements de conférence. Parfois des sacs de cours.

Aucun partenariat formel n'a jamais été signé. L'atelier prend les pièces, une par une.

Le carnet de commandes du lundi

Olivier Moreau tient le stock : fournitures, chutes récupérées, bobines entamées, un tiroir de boutons hérités d'un atelier de la rue du Sauvage et plusieurs rouleaux de fil qui datent d'avant l'ouverture, ce qui explique pourquoi certaines teintes ne se retrouvent plus nulle part ailleurs dans le quartier.

Le lundi matin, Nicolas Dubois ouvre le carnet et répartit la semaine.

Aucun délai n'est annoncé avant que la pièce ne soit vue. Un pantalon peut être ajusté en 48 heures, un cuir d'hiver peut demander dix jours. La règle est de le dire avant, pas après. Les clients de la rue du Sauvage, nombreux à passer en fin de journée, le savent depuis longtemps.

L'atelier reçoit du lundi au vendredi de 9h00 à 18h00, et le samedi de 9h00 à 13h00. Le dimanche, fermé. Le standard répond au 03 80 23 64 84 ; les messages laissés le week-end sont traités le lundi matin. L'adresse reste xikixidapartnersnet.digital, et le courriel [email protected].

Ce que Xikixidapartnersnet fait depuis 2014, c'est du travail d'aiguille. Du sur-mesure, des retouches, du cuir, des zips. Rien qui prétende à autre chose.